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J14 et 15 : O Pedruzo - Santiago

Le voilà notre dernier jour de marche. Celui qui va venir mettre un point final à cette belle expérience. 20 kilomètres nous séparent de l'aboutissement de ce projet entamé il y a de nombreux mois. Notre réveil ce jour-là ressemble à tous les autres depuis le début de notre aventure. Mes genoux étant encore sensibles, nous avons prévu de nous lever à 5h car nous savons que notre rythme ne pourra pas être rapide. À vrai dire, je garde ça pour moi mais je doute encore de pouvoir faire cette dernière étape en une seule fois.

 

Nous sortons rapidement de notre dortoir pour ne pas réveiller les autres pèlerins encore endormis. Certains sont déjà debout, on se regarde, les yeux encore collés par le sommeil et sans avoir besoin de parler, nous savons tous que cette journée sera particulière.
Comme souvent, nous nous préparons rapidement. Aurore se charge un petit peu en caféine et sans déjeuner, nous partons.


La nuit est encore très dense. Nous nous éloignons rapidement des lumières de la ville et nous nous retrouvons plongées dans le noir. Nous nous armons de nos lampes frontales et nous enfonçons doucement dans la forêt. La pluie est de la partie. Seul le bruit des gouttes dans les arbres empêche le silence de prendre complètement possession des lieux. Éclairées par nos lampes, les feuilles au sol recouvert d'eau nous paraissent argentées, ce qui émerveillé Aurore et nous fait rapidement plonger dans la rêverie. Sans jamais totalement sortir de cet environnement, nous quittons progressivement la forêt pour rejoindre un chemin non loin de la route nationale.

 

Dans la nuit, nous apercevons au loin des lumières artificielles si fortes que nous comprenons rapidement qu'elles sont celles de l'aéroport de Santiago. Nous marcherons plusieurs kilomètres dans cette ambiance et progressivement, la lune laissera la place au soleil qui tente de toutes ses forces de percer les nuages encore bien présents.


Sur chaque borne que nous croisons, le décompte des kilomètres continue de se faire. Je suis étonnée de voir que mes genoux tiennent bon. Je boite mais la douleur n'est bien moindre que la veille. Nous avons bien fait de nous octroyer ce repos. Je sais maintenant que l'on arrivera à Santiago aujourd'hui !


Nous passons quelques localités très petites sur notre parcours et bien que nous soyons partis seuls, beaucoup de pèlerins nous ont maintenant rattrapées et c'est un chapelet de marcheurs qui avancent vers un même but.
Certains d'entre eux semblent plus pressés d'arriver et leurs pas s'accélèrent.
Pour nous, c'est plutôt l'effet inverse. Nous savons que cette journée sera la dernière de notre pèlerinage, nous préférons savourer chaque seconde.


Il nous reste maintenant à peine plus de 5 kilomètres à parcourir. Nous savons que nous arriverons avant midi. Nous prenons le temps de nous arrêter dans un café à San Marcos pour faire plaisir à nos estomacs qui se manifestent depuis un petit moment. Nous reprenons donc quelques forces et repartons.

Nous profitons de cette fin d'étape pour nous souvenir de quelques autres et pour nous interroger sur celles qui auront notre préférence. Difficile à dire. La seule chose qui est sure, c'est que les plus simples ne sont pas forcément celles qui laissent les meilleures impressions.


Nous apercevons maintenant très nettement la ville en contrebas, nous la touchons du doigt. Encore quelques mètres et nous voilà aux pieds de ces fameux panneaux de signalisation "Santiago". Notre visage affiche un sourire incommensurable et une tonne d'émotions se bousculent en nous. Impossible à ce stade de les décrypter. Nous nous laissons juste envahir par un vrai sentiment de bien-être et de joie. Nous y sommes arrivées. Nous rions avec les autres pèlerins, tous aussi heureux que nous de fouler ce sol.


Nous prenons tous un temps pour se prendre les uns, les autres en photo devant le panneau. Tradition oblige !
Direction maintenant la cathédrale de Santiago située à encore plus de 2 kilomètres de là. Nous courons presque jusqu'à elle, pressées de la voir enfin.


Lorsque nous arrivons sur la Praza do Obradoiro, elle se dresse devant nous, belle comme nous l'imaginions.
De nombreux pèlerins sont assis sur le sol de la place. Tous sourient et félicitent les nouveaux pèlerins arrivants. Certains se sont croisés tout au long du chemin et se reconnaissent. C'est un réel moment de partage.

Nous aussi, comme les autres, nous nous asseyons par terre et nous empreignons de cette atmosphère. Nous restons là un bon moment jusqu'à ce qu'à midi, les cloches de la cathédrale se mettent à sonner pour célébrer l'arrivée des pèlerins. Cet accueil nous remplit de fierté, certains applaudissent, d'autres crient leur joie.
Avec nos deux jours d'avance sur le programme que nous avions prévu, nous allons pouvoir profiter pleinement de la ville. L'idée de ne plus avoir à se lever pour aller marcher durant des heures et assez étrange. Chaque jour nous a apporté beaucoup de bien-être et une partie de nous aurait aimés continuer à parcourir de nouveaux paysages. Le passage de pèlerin à touriste est un peu déstabilisant.


La vieille ville de Santiago a beaucoup de charme. Nous nous perdons un petit peu au milieu de ses nombreuses ruelles et impasses biscornues. Le tourisme étant très présent, on y trouve essentiellement des bars et restaurants. Nous pensons qu'il est plus intéressant de nous rendre dans les lieux fréquentés par les habitants du coin et nous rendons directement au pub Momo. L'entrée ne paye pas de mine et il est facile de passer devant sans le voir. Une fois la porte poussée, nous découvrons qu'il est en réalité très grand et lorsque nous nous dirigeons vers le fond du pub, nous découvrons un superbe jardin ombragé. Une fontaine aux allures du penseur de Rodin au milieu de celui-ci, nous nous installons à une table et profitons du calme et de la sérénité qu'offre cet endroit.


Il y a à peine quelques jours, nous avons appris que le 25 juillet était la fête de la Saint Jacques.
À cette occasion, la ville propose beaucoup d'animation de rue, des spectacles de plein air ainsi que des concerts qui débutent dès la veille. Nous sommes d'autant plus heureuses d'avoir pris de l'avance sur notre parcours et de pouvoir assister à tout cela.

Ce soir, la ville propose un spectacle de sons et lumières projetées sur la place de la Cathédrale suivi d'un feu d'artifice. Nous espérions y assister mais dès 21h, la place est déjà pleine et il n'est plus possible de rentrer. Heureusement, une répétition du spectacle est prévu pour le lendemain. Cette fois-ci, nous prendrons nos précautions pour arriver en avance.

La journée du 25 est fériée ici. Pas question pour nous de nous prélasser dans notre lit, nous savons qu'une procession est prévue en l'honneur de la Saint Jacques et nous souhaitons assister à la messe qui débute à 10h. Nos expériences de la veille nous ont rapidement fait comprendre qu'il était nécessaire de se rendre tôt sur les lieux pour pouvoir assister à la célébration.


Il est tout juste 8h30 et nous nous retrouvons face à une foule qui fait la queue pour entrer dans la cathédrale. Comme nous sommes disciplinées, nous nous rendons au bout de celle-ci et attendons notre tour en espérant que nous pourrons rentrer. Nous profitons de cette attente pour discuter une fois de plus avec une pelegrina canadienne. Nous nous racontons chacune nos parcours et parlons de voyages à venir. La communication est plus facile en français !

Nous arrivons à entrer dans la cathédrale. Elle est encore plus belle à l'intérieur qu'à l'extérieur. Majestueuse, elle renferme énormément de détails, d'ornements, de statues, de sculptures. Deux orgues gigantesques face à face se répondent. Pour l'occasion, des personnalités politiques ainsi que les médias sont de la partie et des caméraman sont postés un peu partout pour saisir chaque moment de cette messe qui sera retranscrite en direct.

Il n'y a plus de place assise mais nous sommes assez bien positionnées pour assister à la célébration.
La messe se passe en espagnol. Nous ne comprenons pas tout mais reconnaissons certains passages des évangiles déjà entendus en français. Enfin surtout moi !


Une fois de plus, nous pouvons nous considérer comme très chanceuses car pour cette occasion, le Botafumeiro, un énorme encensoir placé au choeur de la cathédrale et raccrochés par des larges cordes serons actionnés par plusieurs prêtres à la fin de la messe. Cet encensoir servait autrefois à purifier l'air de la cathédrale qui abritait un très grand nombre de pèlerins. Il n'est aujourd'hui mis en action que très rarement.
Les cordes tirées très fort le font monter quasiment jusqu'au plafond de la cathédrale, laissant derrière son passage une épaisse fumée très odorante. Son balancier nous impressionne et nous donne le vertige.
Il aurait vraiment été dommage de rater cette cérémonie, c'est une très belle surprise pour nous.
La messe se termine par sa traditionnelle eucharistie. La cathédrale étant remplie, nous assistons à une communion géante.


Une fois la cathédrale vidée, nous décidons de rester car une nouvelle messe va maintenant être célébrée. Il s'agit de la messe destinée aux pèlerins. Beaucoup plus courte, elle a lieu tous les jours à midi pour accueillir les nouveaux pèlerins arrivants. Les prières faites remercient Dieu de les avoir aidés à atteindre leur but et pour les expériences vécues tout au long de leur périple. Que l'on soit religieux ou non, assister à cette messe après avoir fait le pèlerinage déclenche de grandes émotions.


Nous aurons passé presque 4h au sein de la cathédrale et il est temps pour nous de retourner nous balader au coeur de la ville. D'autres découvertes nous attendent, notamment le musée du pèlerinage qui dresse un état des lieux de cette pratique à travers le monde entier.


En fin d'après-midi, nous décidons de retourner à la cathédrale car nous n'avons pas pris le temps de visiter la crypte de l'apôtre Saint Jacques et nous avons vraiment envie de voir ça.
Nous avons de la chance, à 18 h, la queue est quasiment inexistante et nous rentrons rapidement dans la cathédrale.


La crypte se trouve sous l’autel majeur de la basilique. Nous sommes une fois de plus impressionnées par sa beauté. Toute sa structure est dorée et l'on découvre des angelots géants la soutenant. En son coeur, un buste en or orné de coquilles représente Saint Jacques. Les pèlerins prennent le temps de s'arrêter quelques secondes pour l'embrasser.


La crypte abrite une châsse en argent exécutée en 1886, qui renferme les reliques de l'apôtre. L'endroit est très exigu et seulement 6 ou 7 personnes peuvent y entrer en même temps. Nous nous recueillons un instant en pensant au chemin parcouru, nous pensons aux personnes que nous aimons et déposons quelques offrandes. Notre émotion est grande. Ce passage nous semble être le plus symbolique depuis notre arrivée à Santiago.

Le coeur léger, nous partons manger un morceau avant de nous installer sur le parvis de la cathédrale pour enfin assister à ce fameux spectacle de sons et lumières retraçant l'histoire du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle. Un dernier dodo avant de devoir malheureusement quitter Santiago.

 

Pour ce dernier jour, nous nous rendons simplement à l'Office des pèlerins pour récupérer notre Compostela. Il s'agit d'un certificat rédigé en latin et nominatif pour les pèlerins ayant au moins parcouru les 100 derniers kilomètres avant d'arriver à Saint Jacques de Compostelle.


Notre bus pour l'aéroport nous attend, c'est la fin du voyage.

 

Impossible de vous retranscrire tout ce que nous avons pu vivre ou ressentir pendant ce cheminement. Nous sommes passées par tellement d'émotions différentes. Une chose pourtant me semble essentielle à vous dire.
Durant ces 14 jours de marche, nous avons croisé des centaines de personnes et malgré la fatigue, les douleurs et les remises en question, malgré le manque de compréhension due à des langues du monde entier, il y a une chose que je retiens, nous n'avons reçu que des messages de paix et d'encouragement. Nous n'avons jamais entendu le moindre message de haine ou de colère. 14 jours dans le respect des uns et des autres, cela fait du bien.


Aurore: en ce qui me concerne, c'était avec beaucoup d'appréhension que je relaçais mes chaussures suite à mes blessures antérieures sur le camion et à " l'échec" que j'ai pu ressentir. Bien que 2 jours avant nos départs, mes douleurs étaient toujours présentent, je n'ai à aucun moment souffert de mon genou.

Le chemin m'aura appris à m'écouter et à marcher selon mes envies, mes humeurs et non un itinéraire déjà conseillé dans les guides. Peu importe le nombre de km que l'on parcourt, l'importance pour moi était d'avancer en écoutant mon corps et ne pas me blesser à nouveau.


Pour finir, je suis très heureuse et fière de Save, elle m'a suivi dans cette aventure par amour et non par envie de faire 225 km ! En tout cas, pas dans un premier temps. Elle a été ma force sur le chemin et m'a tiré vers le haut dans les moments difficiles. Ici, les couples sont quelque part mis à l'épreuve et je ne peux que confirmer l'amour et la bienveillance que nous nous portons.
"On ne guérit pas seul".

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